Du milage, aujourd’hui, j’en ai fait. Assez, que pour 7h de boulot, j’en ai passées 3h sur la route. Je n’étais pas insécure ou peureuse. J’étais mi-zen mi-blasée, dans un confort relatif., me pensant invisible sous le confort de mes écouteurs. Bref, rien de spécial n’exacerbait mes sens. Pourtant.
Métro jean-talon. Il est 13h25. Deux filles de 18 ans en skinny jeans. Une plus courte sur pattes, un peu ronde. L’autre aux jambes minces et infinies. Elles portent des talons vertigineux, de style running shoes with heels. Elles se partagent une paire d’écouteur. Jusque là, tout est normal. Or, elles se dandinent, se cambrent, fléchissent les genoux pour rouler du bassin plus bas qu’où la croissance l’a fixé. Charme maladroit, elles expriment ce qui les blaseront un jour.
Je les regarde et je me dis qu’on a beau déculpabiliser les victimes, il y en a qui se mettent volontairement dans ce genre de situation. Ce sont des freaks magnet. Je regarde autour d’elles, la faune qui ne peut s’empêcher de regarder, et dans leur visage, j’essaie de repérer le fou qui pourrait leur donner la frousse de leur vie.
Elles entrent dans le wagon et s’assoient près de moi. Arrive alors un homme que je n’avais pas repéré sur le quai. Alors que les gamines tortillent ce que la position assise leur permet de tortiller, elles chantent quelques mots et s’esclaffent de rire sans sembler porter attention à l’univers entier qui les observe. Moi je voyais tout. J’ai commencé à me sentir mal quand l’étrange homme embrassait le poteau du métro en les regardant. Il reculait sa tête par l’arrière comme s’il voyait par ses narines, il soupirait et ses lèvres charnues se posaient sans discrétion sur le poteau. J’en avait des sueurs dans le dos. Elles auraient été plus jeunes que je les aurais prises par la main « ok les poupounes, on décalisse d’ici ». Mais je n’ai rien fait. Rien.
Métro beaubien. Je prends l’autobus. Un gars proche de la trentaine semble… je ne sais pas… disons juste un peu étrange. Il a l’air d’avoir un petit retard entre les deux oreilles. C’est peut-être ce tic de sortir sa langue de sa bouche trop souvent et de se mordre la lèvre inférieure qui me dérangeait. Où alors le fait qu’il faisait tout ça en fixant un petit garçon de 7 ans, en le regardant de la tête au pieds, en descendant et remontant constamment son regard. Du 15 minutes de la balade, il ne l’a perdu de vue que lorsqu’une dame est passée entre eux. Je le regardais et j’étais bouleversée. Je ne savais pas quoi faire. Ce garçon voyageait-il seul? Est-ce un crime de regarer? Je n’ai rien fait. Rien.
Ce soir, à la maison, pour calmer mes remords je me redis sans cesse que je me suis fait du cinéma. Que personne ne finira violé et tué dans le fond d’une ruelle. Que ce n’est qu’une de ces journées parano parmis tant d’autres.