Le récit semi-fictif d’une demi-vérité sur ma matinée au Lucky
J’ai entendu la porte du bas claquer et tes souliers te porter jusqu’à moi. Sous l’épaisse couette que je gardais au chaud, je t’attendais déjà depuis quelques heures. Nous étions encore au petit matin mais la joie de te sentir contre moi au matin m’empêcha de m’y rendre à dos de sommeil. C’est donc éveillée que j’ai regardé la télévision, relu la même page d’un livre 3 fois, grignoté du pain aux bananes. Tout ce qui pouvait faire passer le temps plus vite et m’amener contre toi. Le temps est un âne têtu qui refuse d’avancer même à coup de bâton dans le malheur et sprint en plein bonheur. Lorsque tu as cogné, mon corps en entier s’est contracté en étouffant le petit cri de joie. Je suis sortie lentement question de garder mon cool. Je devrais travailler à perdre le réflexe d’avoir l’oeil humide en ta présence, c’est mauvais pour la séduction.
J’ouvre la porte doucement. Tu vois alors une femme en tenue de nuit (je venais juste de l’enfiler, elle sent encore l’assouplisseur), décoiffée (mais pas tant que ça, j’ai pris une douche, raidi la crinière au fer plat il y a une heure et je l’ai ensuite nouée en queue de cheval négligée), pas maquillée (en fait un peu de fond de teint pour cacher les imperfections et un peu de lumière ici et là) et tout sourire (brossage de dents 1h avant ton arrivé pour que ça goûte bon mais pas trop la pâte à dents). Toi tu es un homme, tu n’as rien vu d’autre qu’une belle femme naturelle, la peau (crémée) encore chaude de sommeil.
Je t’ai laissé entrer et suis retournée m’assoir sur le lit. Tu as vérouillé la porte derrière toi. En discutant de mots accessoires qui, dans nos oreilles respectives, prenaient toujours le même sens en boucle «Ce que je suis heureux(se) de te revoir, comme tu m’as manqué, comme je souffrais de ne pas te sentir près de moi» – Un mentra caché sous les banalités du transport, de l’heure et de la météo - tu t’es approché de moi.
J’ai ouvert la couette comme on ouvre un livre. Je me suis étendue sur pages vierges de la literie et, après t’être dépouillé de tes textiles, tu as refermé sur nous la couverture.
Lui: Enfin!
Moi: Hmmmm!
Puis, la souffrance de trop de désirs incompatibles à satisfaire en même temps. S’étreindre avec force ou s’embrasser langoureusement ou reculer un instant pour mieux se regarder. Ne sachant trop quelle envie prioriser, nous les avons satisfaites à tour de rôle dans un chaos stroboscopique. La majeure partie du temps étant consacrée aux baisers, les reprises de souffle étaient savamment destinées aux étreintes et à l’admiration visuelle. Nous n’avions pas de temps à perdre. L’âne se tappait un sprint de l’enfer.
Lui: Ce que tu es belle!
Moi: Au petit matin, négligée? (Petit mensonge blanc) Ah j’adore!
Lui: Tu crois qu’on fera l’amour un jour?
Moi: Je ne sais pas, et je ne veux pas savoir. Ça gâcherait le moment. Ça gâcherait la surprise.
Lui et moi avons des bouches compatibles et un style de baisers qui se complètent à la perfection. Nos bouches gourmandes embrassent sensiblement de la même manière, sans temps mort, sans tête qui hésite pour l’angle à adopter, sans excès de salive ni de tournage de langue étrange. Juste de bons baisers. Vous savez, LE baiser lent et chaud, doux, appliqué de façon sentie avec des lèvres souples, gourmandes, douces, mais pas trop molles. S’il ne pouvait y avoir qu’un seul baiser, ce serait celui-là. Lui, il mime avec perfection l’art du baiser. Moi, je lui rends bien.
Quelques baisers suffisent pour nous enflammer. C’est facile, automatique, intuitif. Nous nous excitons, nous calmons, et recommençons. Le désir des peaux qui ne se connaissent pas encore en entier, l’intimité peu explorée, la gêne des premières fois. Nous prenons notre temps.
Mais il y a toi, il y a moi, et cette confiance automatique, cette candeur qui nous anime.
Maintes fois, il n’y avait que quelques couches de textile entre ton sexe gorgé et le mien, trempé. Si humide que ton sexe lui-même était baigné par le mien. Puis, il y a eu cette idée folle d’aller marcher sous la pluie au bord du canal pour nous refroidir les ardeurs. Inévitablement, nous sommes revenus les envies toujours en place mais les corps nus en retirant nos vêtements trempés. L’avais-je prévu? Peut-être… La vérité est que je ne m’en souviens plus.
Nous nous sommes étendus, des peaux fraîches où l’eau perlait encore. Tu t’es étendu sur moi pour me couvrir de chauds baisers en contraste avec ton souffle qui me faisait frissonner. Je sentais ton sexe stroboscope frôler mon corps, ma jambe, mon sexe.
Ne sachant pas exactement où se trouvait la limite, tu m’as emportée avec toi lorsque tu as basculé ton corps de l’autre côté du lit, me retrouvant maintenant couchée sur toi. Je gâté ma bouche de baisers gourmands sur mes endroits préférés et j’ai plaqué mon sexe sur le tien en continuant de t’embrasser et de te regarder. Tu as sursauté. J’ai tiré la couverture sur tes jambes pour t’empêcher d’avoir froid. Tu m’as regardé directement dans les yeux et j’ai dévoré ta bouche. Ce que j’ai lu dans tes yeux m’a coupé le souffle, peut-être est-ce que j’oserai te le dire un jour.
J’ai bougé un peu le bassin, comme si ce n’était pas volontaire,un simple dommage collatéral au rythme de mes baisers. Puis, le mouvement est devenu évident, d’avant vers l’arrière, pour sentir ton sexe entre mes lèvres. Tu bougeais tes mains sur moi, me couvrant de careses, mais tu étais paralisé du nombril endesandant tellement tu avais peur de faire une gaffe, d’aller trop loin, de dépasser les limites incertaines de nos petits jeux. Je t’ai laissé dans ta petite insécurité pleine d’adrénaline pour ne pas gâcher la surprise. Rendue à l’avant du mouvement avant-arrière, j’ai cambré les reins à quelques reprises pour te donner l’espoir d’une pénétration. Si par la contraction d’un muscle tout masculin tu avait dressé d’un centimètre, je l’aurais englouti en moi. Mais tu ne savais pas ce qu’il était adéquat d’attendre de ce nouveau seuil franchi.
Ton regard était de feu. Excité mais en contrôle. Allons-nous vraiment faire l’amour? J’ai tenté d’avoir des yeux « Oui, nous allons faire l’amour » en réponse aux tiens. Tu n’as pas compris et j’avoue y avoir pris plaisir.
Tu a passé ta main derrière moi pour redresser ton sexe. Tu me fixais, immobile. Ce geste, c’était la politesse d’un garçon qui tire la chaise d’une demoiselle; « Assoyez-vous je vous pris mademoiselle, s’il vous plait».
Tu es resté là, le sexe brandi derrière moi, à quelques milimètres de l’entrée de mon sexe, immobile, excité, gorgé de désir, le regard fougueux, la respiration haletante, la contraction aléatoire de muscles des cuisses et des orteils.
J’ai embrassé ta bouche, me suis approchée de ton oreille, et d’un mouvement de bassin, je t’ai soufflé « Oui, chéri, je vais m’y empaler ».