Nous nous sommes disputés.
"Comme tous les couples" vous me répondrez, mais cette logique ne console pas le tragique.

Non, pas par manque d’amour. Bien au contraire. À force de toujours vouloir être collés l’un contre l’autre, envahir le champ de vision de l’être aimé, il arrive qu’il y ait des frictions à nos rapports.
Comme la majorité des chicanes de couple, elle éclata au grand jour, ou plutôt au grand soir. Un soir où l’on devait se coucher tôt et où la dispute nous amèna bien éveillés jusqu’aux petites heures du matin. Dépassée, l’heure raisonnable du couchée et celle de la dernière chance! La dispute s’entretenait tant par le propos que par la colère associée au décompte des heures de sommeil à venir.4,…3,…2…
Mi-endormis et mi-blessés, on se négocia un pardon à saveur de trève parce que ni l’un ni l’autre ne pouvait s’endormir sur une dispute. Nous nous sommes alors endormis enlacés, blessés et épuisés, pour les quelques minutes restant avant le son du cadran.
*chant de crapauds* (oui, c’est ça le bruit de mon réveil-matin)
Il se lève en douceur, pousse un soupire et va se préparer. Habituellement, je me rendors, mais là, en plein coeur, je suis foudroyée par la discussion de la veille. J’aimerais le serrer dans mes bras fort, trop fort, et lui dire que c’est derrière nous. Lui souhaité une bonne journée. Lui dire que je l’aime. Mais j’ai la gorge nouée et je n’ai pas envie de parler, au cas où je repartirais bien involontairement les hostilités. Il ne parle pas non plus. Il a peur lui aussi des répercussions sur le couple.
Alors qu’il enfile ses bottes, je me dirrige à la cuisine. Je ne sais pas ce que je fais, mais je le fais; je laisse mon corps me guider. Je saisis une poignée de dragées, butin du couple symbolisant l’amour et la gaminerie, et j’enfonce mon poing dans son jeans, avant de relâcher le trésor. On entend les pastilles de sucre s’entrechoquer au fond de sa poche. Il sourit, un petit sourire réservé, comme quand quelqu’un fait une blague au salon funéraire et qu’on s’interdit de sourire à pleines dents. Il m’embrasse et quitte. Moi je me laisse choire dans le lit, à la recherche de sa chaleur sous la couette pour me rendormir le nez enfoui dans son oreiller.
Plus tard dans la journée, il m’écrit:
Merci p’tite chérie pour le butin. C’est tout ce qu’il me fallait pour être rassuré à l’effet que tu m’aimes encore. J’ai eu si peur hier soir. Je t’aime tellement. TEL-LE-MENT. Bonne journée P’tite Chatte! On se calinera ce soir. xxx Lou-ou-oup